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Méthodes de démonstration

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Pourquoi cette leçon est importante

Cette leçon te servira directement pour 1 module plus avancé :
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Ensembles & Relations

Maths Discrètes — Ensembles & Relations

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Pourquoi apprendre ça ?

Démontrer un théorème, c'est construire une chaîne de raisonnement irréfutable à partir d'hypothèses. Il existe plusieurs stratégies : attaquer de face (preuve directe), prouver l'opposé (contraposée), supposer l'absurde pour trouver une contradiction, ou généraliser par récurrence. Choisir la bonne stratégie est un art qui s'apprend.

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Analogie

Imagine que tu veux prouver qu'une porte est verrouillée. Preuve directe : essayer la poignée. Contraposée : si la porte s'ouvre, elle n'est pas verrouillée — donc si elle ne s'ouvre pas... Preuve par l'absurde : supposer qu'elle est ouverte, mais alors quelqu'un serait entré, or la pièce est intacte — contradiction. Chaque méthode atteint la même conclusion par une voie différente.

Preuve directe

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Théorie

La preuve directe est la méthode la plus naturelle. Pour démontrer PQP \Rightarrow Q :

  1. Supposer que PP est vraie (hypothèse)
  2. Raisonner logiquement à partir de PP, étape par étape
  3. Conclure que QQ est vraie

C'est la méthode à essayer en premier. Elle fonctionne quand la chaîne de PP vers QQ est directe et sans détour.

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La somme de deux entiers pairs est paire

Énoncé : Si aa et bb sont pairs, alors a+ba + b est pair.

Preuve directe :

  • Supposons aa et bb pairs.
  • Par définition, k,lZ\exists\, k, l \in \mathbb{Z} tels que a=2ka = 2k et b=2lb = 2l.
  • Alors a+b=2k+2l=2(k+l)a + b = 2k + 2l = 2(k + l).
  • Puisque k+lZk + l \in \mathbb{Z}, la somme a+ba + b est bien paire. \square

Preuve par contraposée

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Théorie

La preuve par contraposée exploite l'équivalence logique fondamentale :

PQ    ¬Q¬PP \Rightarrow Q \;\equiv\; \neg Q \Rightarrow \neg P

Pour prouver PQP \Rightarrow Q, on prouve à la place ¬Q¬P\neg Q \Rightarrow \neg P :

  1. Supposer que QQ est fausse (¬Q\neg Q)
  2. En déduire que PP est fausse (¬P\neg P)

Utile quand : il est plus facile de raisonner depuis la négation de la conclusion que depuis la prémisse.

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Si n² est pair alors n est pair

Énoncé : Pour tout nZn \in \mathbb{Z}, si n2n^2 est pair, alors nn est pair.

Contraposée : "Si nn est impair, alors n2n^2 est impair."

Preuve de la contraposée :

  • Supposons nn impair : kZ, n=2k+1\exists\, k \in \mathbb{Z},\ n = 2k + 1.
  • Alors n2=(2k+1)2=4k2+4k+1=2(2k2+2k)+1n^2 = (2k+1)^2 = 4k^2 + 4k + 1 = 2(2k^2 + 2k) + 1.
  • Puisque 2k2+2kZ2k^2 + 2k \in \mathbb{Z}, n2n^2 est impair.

La contraposée est prouvée, donc l'énoncé original est prouvé. \square

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Checkpoint

Pour prouver 'Si P alors Q' par contraposée, on démontre :

Preuve par l'absurde

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Théorie

La preuve par l'absurde (par contradiction) suppose que la conclusion est fausse et montre que cela mène à une impossibilité :

Pour prouver QQ :

  1. Supposer ¬Q\neg Q
  2. Raisonner à partir de ¬Q\neg Q et des hypothèses connues
  3. Aboutir à une contradiction (AA et ¬A\neg A simultanément vrais)
  4. Conclure que ¬Q\neg Q est impossible, donc QQ est vraie

Idéale pour : les résultats d'impossibilité, d'irrationalité, d'infinité.

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√2 est irrationnel

Supposons par l'absurde que 2\sqrt{2} est rationnel.

Il existe p,qZp, q \in \mathbb{Z}, q0q \neq 0, gcd(p,q)=1\gcd(p,q)=1, tels que 2=p/q\sqrt{2} = p/q.

  • 2=p2/q2p2=2q22 = p^2/q^2 \Rightarrow p^2 = 2q^2, donc p2p^2 est pair.
  • Donc pp est pair (lemme prouvé par contraposée) : p=2kp = 2k.
  • Alors 4k2=2q2q2=2k24k^2 = 2q^2 \Rightarrow q^2 = 2k^2, donc q2q^2 est pair, donc qq est pair.
  • Mais pp et qq pairs gcd(p,q)2\Rightarrow \gcd(p,q) \geq 2. Contradiction !

Donc 2\sqrt{2} est irrationnel. \square

Récurrence

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Théorie

La démonstration par récurrence prouve que P(n)P(n) est vraie pour tout nn0n \geq n_0 :

Étape 1 — Initialisation : Vérifier P(n0)P(n_0) (cas de base).

Étape 2 — Hérédité : Supposer P(k)P(k) vraie pour un kn0k \geq n_0 arbitraire fixé (hypothèse de récurrence, HR), puis prouver P(k+1)P(k+1).

Conclusion : Par le principe de récurrence, P(n)P(n) est vraie pour tout nn0n \geq n_0.

Récurrence forte : supposer que P(n0),,P(k)P(n_0), \ldots, P(k) sont toutes vraies pour prouver P(k+1)P(k+1).

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Somme des n premiers entiers

Énoncé : n1,k=1nk=n(n+1)2\forall n \geq 1,\displaystyle\sum_{k=1}^{n} k = \dfrac{n(n+1)}{2}

Init. (n=1n=1) : k=11k=1=122\sum_{k=1}^{1} k = 1 = \frac{1\cdot 2}{2}. ✓

Hérédité : Supposons k=1nk=n(n+1)2\sum_{k=1}^{n} k = \frac{n(n+1)}{2} (HR). Alors :

k=1n+1k=n(n+1)2+(n+1)=(n+1) ⁣(n2+1)=(n+1)(n+2)2\sum_{k=1}^{n+1} k = \frac{n(n+1)}{2} + (n+1) = (n+1)\!\left(\frac{n}{2}+1\right) = \frac{(n+1)(n+2)}{2}

C'est la formule au rang n+1n+1. ✓ Par récurrence, la formule est vraie pour tout n1n \geq 1. \square

⚠️

Piège : ne pas oublier l'initialisation

Une hérédité sans initialisation ne prouve rien. Exemple célèbre : la "preuve" que tous les chevaux sont de la même couleur. L'hérédité semble fonctionner sauf exactement au passage de n=1n=1 à n=2n=2 où le raisonnement échoue silencieusement. L'initialisation n'est pas une formalité — elle est indispensable à la validité de toute preuve par récurrence.

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Théorie

Récapitulatif des méthodes :

| Méthode | Structure | Idéale pour | |---------|-----------|-------------| | Directe | Supposer PP, déduire QQ | Raisonnement naturel | | Contraposée | Supposer ¬Q\neg Q, déduire ¬P\neg P | Quand ¬Q\neg Q est plus maniable | | Absurde | Supposer ¬Q\neg Q, trouver contradiction | Impossibilité, irrationalité | | Récurrence | Base + hérédité | Propriétés sur N\mathbb{N} | | Contre-exemple | Exhiber x0x_0 tel que ¬P(x0)\neg P(x_0) | Réfuter un \forall |

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Checkpoint

Dans une preuve par récurrence, l'hypothèse de récurrence (HR) consiste à :

Double implication et preuves par cas

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Théorie

Double implication : Pour prouver PQP \Leftrightarrow Q, il faut prouver les deux implications séparément :

  1. PQP \Rightarrow Q (sens direct)
  2. QPQ \Rightarrow P (sens réciproque)

On peut utiliser des méthodes différentes pour chaque sens (directe pour l'un, contraposée pour l'autre, etc.).

Preuves par cas : Quand une hypothèse se divise en sous-cas exhaustifs, on traite chaque cas séparément. Si la situation implique "A1A_1 ou A2A_2 ou \ldots ou AkA_k" (disjonction exhaustive), on prouve la conclusion dans chacun des kk cas.

Contre-exemple : Pour réfuter "x, P(x)\forall x,\ P(x)", un seul x0x_0 tel que ¬P(x0)\neg P(x_0) suffit. Il ne faut pas confondre "vérifier sur quelques cas" (non concluant) et "exhiber un contre-exemple" (réfutation définitive).

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Double implication — parité de n²

Énoncé : n2n^2 est pair \Leftrightarrow nn est pair.

Sens ()(\Rightarrow) : prouvé par contraposée. Si nn est impair (n=2k+1n = 2k+1), alors n2=4k2+4k+1n^2 = 4k^2+4k+1 est impair. Donc si n2n^2 est pair, nn est pair.

Sens ()(\Leftarrow) : preuve directe. Si n=2kn = 2k, alors n2=4k2=2(2k2)n^2 = 4k^2 = 2(2k^2), qui est pair. \square

Les deux sens étant établis : n2n^2 pair \Leftrightarrow nn pair.

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Preuve par cas — valeur absolue

Énoncé : Pour tout réel xx, x0|x| \geq 0.

Cas 1 : x0x \geq 0. Alors x=x0|x| = x \geq 0. ✓

Cas 2 : x<0x < 0. Alors x=x>0|x| = -x > 0. ✓

Les deux cas couvrent R\mathbb{R} entier, donc x0|x| \geq 0 pour tout xx. \square

Récurrence double et induction forte

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Théorie

Récurrence forte : Pour prouver P(n)P(n) pour tout nn0n \geq n_0, on peut supposer que toutes les propriétés P(n0),,P(k)P(n_0), \ldots, P(k) sont vraies (HR forte) et en déduire P(k+1)P(k+1).

Récurrence double : Quand une suite est définie par une relation faisant intervenir les deux termes précédents (ex. Fibonacci : Fn+1=Fn+Fn1F_{n+1} = F_n + F_{n-1}), on :

  1. Initialise en n0n_0 et n0+1n_0 + 1.
  2. Suppose P(k1)P(k-1) et P(k)P(k) vrais pour déduire P(k+1)P(k+1).

Règle générale : Le nombre de cas de base nécessaires est égal au nombre de rangs précédents impliqués dans la relation de récurrence.

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Suite de Fibonacci — récurrence double

Fibonacci : F0=0, F1=1, Fn+1=Fn+Fn1F_0 = 0,\ F_1 = 1,\ F_{n+1} = F_n + F_{n-1}.

Énoncé : n0, Fn<2n\forall n \geq 0,\ F_n < 2^n.

Init. : F0=0<1=20F_0 = 0 < 1 = 2^0 ✓ ; F1=1<2=21F_1 = 1 < 2 = 2^1 ✓.

Hérédité : Supposons Fk<2kF_k < 2^k et Fk1<2k1F_{k-1} < 2^{k-1}. Alors : Fk+1=Fk+Fk1<2k+2k1=32k1<42k1=2k+1F_{k+1} = F_k + F_{k-1} < 2^k + 2^{k-1} = 3 \cdot 2^{k-1} < 4 \cdot 2^{k-1} = 2^{k+1} \quad \square

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Checkpoint

Pour prouver , quelle structure minimale est requise ?

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Checkpoint

Pour la suite de Fibonacci (), combien de cas de base faut-il vérifier dans une preuve par récurrence ?

À retenir

  • Directe : supposer PP, déduire QQ — méthode à essayer en premier.
  • Contraposée : prouver ¬Q¬P\neg Q \Rightarrow \neg P — logiquement équivalent à PQP \Rightarrow Q.
  • Absurde : supposer ¬Q\neg Q, aboutir à une contradiction — idéal pour les impossibilités (ex. 2\sqrt{2} irrationnel).
  • Double implication : prouver PQP \Rightarrow Q ET QPQ \Rightarrow P séparément.
  • Récurrence : initialisation + hérédité ; version double si la relation implique plusieurs rangs précédents.
  • Contre-exemple : un seul suffit à réfuter un énoncé universel x, P(x)\forall x,\ P(x).
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